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Reconnaissable à sa silhouette sombre et primitive, le Grand Cormoran est un oiseau d’eau omniprésent en Europe. Souvent observé perché sur un piquet ou un rocher, les ailes grandes ouvertes en forme de croix, il est à la fois admiré pour ses prouesses de pêcheur et décrié pour son appétit vorace.

Une anatomie conçue pour la plongée Ce grand oiseau (jusqu’à 1,60 m d’envergure) est une véritable machine biologique adaptée au milieu aquatique. Ses pattes sont totipalmées, c’est-à-dire que ses quatre doigts sont reliés par une membrane, ce qui en fait des propulseurs ultra-puissants. Son bec, long et puissant, se termine par un crochet acéré, idéal pour saisir des proies glissantes comme les anguilles ou les poissons à écailles. Ses yeux, d’un vert émeraude perçant, sont adaptés pour repérer les mouvements sous l’eau, même en eaux troubles.

Le paradoxe du plumage La caractéristique la plus fascinante du cormoran est son plumage perméable. Contrairement aux canards dont les plumes repoussent l’eau, celles du cormoran s’imbibent. C’est un sacrifice évolutif : en laissant l’eau chasser l’air de ses plumes, il s’alourdit, ce qui lui permet de plonger profondément et rapidement sans subir la poussée d’Archimède (flottabilité). En contrepartie, une fois sa pêche terminée, il risque l’hypothermie et pèse trop lourd pour voler efficacement. Il est donc contraint de passer de longues heures à sécher ses ailes au vent et au soleil, offrant cette posture d’étandard si caractéristique.

Un chasseur insatiable Piscivore strict, le cormoran consomme entre 400 et 700 grammes de poisson par jour. Il chasse en plongeant depuis la surface, capable d’atteindre 30 mètres de profondeur et de rester en apnée plus d’une minute. Cette efficacité en fait le cauchemar des pisciculteurs et des pêcheurs, créant un conflit permanent entre la protection de l’espèce et les intérêts économiques humains.

Vie sociale et habitat L’oiseau est très grégaire. Il niche en colonies bruyantes, souvent dans de grands arbres ou sur des falaises. Ses déjections (guano) sont si acides qu’elles finissent par brûler et tuer les arbres qui supportent les nids. En hiver, les cormorans se regroupent en immenses dortoirs pour la nuit. En vol, ils adoptent souvent une formation en « V » ou en ligne pour économiser leur énergie, s’entraidant face à la résistance de l’air.

Statut et Prédation Menacé de disparition dans les années 1970, le Grand Cormoran est aujourd’hui une espèce protégée dont la population a explosé. Il vit longtemps (15 à 20 ans) et, une fois adulte, il n’a quasiment aucun prédateur naturel, à l’exception notable du Pygargue à queue blanche, seul rapace capable de rivaliser avec lui sur son territoire.